stéphane

lallemand travaux / works

memorial de la paix verdun / peace memorial verdun (2006)

La marelle / Himmel und Höle

Un mémorial de la paix pour commémorer l’anniversaire de la bataille de Verdun.
Je n’ai bien évidemment pas connu la guerre, trop jeune pour l’avoir vécu en direct, elle a tout de même fait partie de mon histoire. Mon grand-père paternel est mort dans la résistance lors de la dernière, laissant deux orphelins, mon père et mon oncle. Mon grand-père maternel avait, quant à lui, “fait la grande guerre“. Il est mort quand j’avais une dizaine d’années et je me souviens encore très bien de lui. Asthmatique après avoir été gazé, il avait toujours un regard très bleu, perdu dans ses pensées. Il racontait, par bribes, le retour de ses souvenirs de guerre, que ma mère retranscrivait dans un cahier d’écolier. J’écoutais ce vieux monsieur qui me laissait gagner aux dames, pour ma plus grande joie, et pour la sienne aussi sans doute…
Bien plus tard, après sa mort, j’ai relu le cahier de souvenirs ainsi que certaines lettres envoyées du front. Je n’ai jamais réussi à lire les horreurs qui y étaient consignées sans être submergé par une irrépressible envie de pleurer. L’incompréhension de cet homme pour les actes qu’il était obligé de commettre et dont il était témoin rejoignait la mienne. Mais à travers ses écrits, on ne sentait pas une haine de l’ennemi, mais plutôt pour la guerre.
Plus tard encore, vivant à Strasbourg, j’ai trouvé d’autres témoignages de la guerre de 14 / 18. Cette fois-ci, c’étaient des soldats qui avaient combattu de l’autre coté. L’Alsace d’alors était allemande, et les familles avaient, la plupart du temps des branches qui se prolongeaient des deux côtés de la frontière. Des deux côtés, des familles avaient été séparées, les hommes partis au front, les femmes et les enfants, les parents étaient restés et craignaient pour la vie de leurs proches.
Mon projet de mémorial tourne autour de cette idée des cartes postales et des correspondances entre les soldats et leurs familles, des deux cotés du front. Ces moments où l’humanité reprend ses droits, où les enfants écrivent à un père, les femmes à un mari ou à un amant, les parents à un fils. Des phrases bien loin des propagandes officielles de l’époque qui visaient à préserver le moral des populations. Des bribes de vie, de celle dont la paix allait se nourrir pour reprendre le cours de la vie.

 

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La marelle / Himmel und Höle (The Hopscotch)
A memorial of peace for commemorating the anniversary of the Battle of Verdun.
For sure, I didn’t experience war. I was too young for living through it directly. Yet, it has been part of my own history. Indeed, my paternal grand father died during the Second World War and he left two orphans: my uncle and my father. My maternal grand-father, for his part, waged the First World War. He died when I was about ten years old and in fact I well remember him. He became asthmatic after being gassed and he had a very blue glance, lost in thoughts. He used to tell, in snatches, his souvenirs from war, and my mother usually wrote them in a scholar copybook. I listened to this man who always let me win draughts, what pleased me and what certainly pleased him too.
A long time after his death, I read again the copybook which was plenty of his souvenirs and also some letters he had sent from the front. When I read the horrible things that were written, I could do anything but being submerged by an irrepressible urge to cry. This man was as upset as I am about what he had to do and what he had witnessed. But, through his writings, we feel anger more against the war than against the enemy.
Later on, as I live in Strasbourg, I managed to find testimonies of the Great War. This time, they were about German soldiers who had fought. At that moment, Alsace belonged to Germany and most of the time families had their origins in the two sides of the frontier and they had been separated. Men had been sent to the front and women, children and parents remained and worried about their relatives’ life.
My memorial project deals with the idea of postal cards and correspondences between soldiers and their families from both sides of the front. These correspondences are moments when humanity regains its rights, when children write to a father, when women write to a husband or a lover, when parents write to a son. These writings are sentences which were very far from the official propaganda of the time, which aimed at preserving the good moods of the population. These words are bits and pieces of lives which would inspire peace for regaining a normal life.
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